CINQUIEME PAROLE



La véritable instruction des croyants




Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux !

Certes, Dieu est avec ceux qui sont pieux et ceux qui sont bienfaisants. (Coran, 16 :12 )

Si tu veux comprendre le fait qu’accomplir la prière et éviter les péchés capitaux est le véritable devoir de l’homme, et que cela est le résultat naturel qui convient à sa création, considère et écoute attentivement cette histoire allégorique :



Un jour, lors d’une mobilisation générale, deux soldats se retrouvèrent ensemble dans un même régiment. L’un était lettré et consciencieux, l’autre un ignorant égocentrique. Le soldat consciencieux se vouait à l’entraînement et à l’art de combattre sans se préoccuper de son ravitaillement et de ses allocations, car il avait compris qu’il relevait du devoir de l’Etat de l’approvisionner et de l’équiper, de le nourrir et de le soigner s’il tombait malade, et même de lui porter la cuillère à la bouche si nécessaire.

Sa fonction principale se limitait à l’entraînement et à la lutte. Mais cela ne l’empêchait pas de faire certains travaux annexes comme la cuisine et la vaisselle. Quant on lui demandait ce qu’il faisait, il disait : « Je fais ma corvée (travaux gratuits dus à l’Etat) » et non pas « Je travaille pour gagner ma vie »



Quant à l’autre soldat ignorant, il ne prêtait aucune attention à l’entraînement et au combat. « La guerre fait partie des affaires de l’Etat, cela ne me concerne pas », pensait-il. A cause de son avidité, il pensait constamment à ses vivres. Ainsi déserta-t-il les rangs de son régiment pour se rendre au marché et faire des achats.

Un jour son ami lettré lui dit : « Frère, ton devoir principal est l’entraînement et la lutte. C’est pour cette raison qu’on t’a amené ici. Fais confiance au souverain, il est de son devoir de prendre soin de toi et de subvenir à tes besoins. En outre, tu ne possède ni le pouvoir ni les moyens de te faire nourrir partout où tu vas.


Et puisque nous sommes en état de guerre tu seras accusé de désertion et seras puni. En effet il y a deux fonctions : celle du souverain et la nôtre. La fonction du souverain consiste à satisfaire nos besoins, mais nous devons aussi travailler bénévolement pour lui. Notre fonction est l’entraînement et la lutte, et le souverain nous aide en nous facilitant la tâche. « Maintenant, si le soldats insouciant négligeait les conseils du sage soldat combattant, quels genres de dangers encourrait-il ?



Voilà, ô mon ego paresseux ! Le champ de guerre agité est cette vie terrestre turbulente. L’armée divisée en régiments représente la société humaine. Le régiment est la communauté musulmane contemporaine. Quant aux deux soldats, l’un est le Musulman pieux qui est conscient des prescriptions religieuses et les accomplit, lutte contre son ego malveillant et contre Satan.

L’autre soldat et le pervers perdant qui néglige ses obligations religieuses pour s’élancer à l’aveuglette après ses soucis imaginaires à propos de sa subsistance sans distinguer le licite de l’illicite et au point d’en accuser son véritable Pourvoyeur.


L’entraînement et les instructions symbolisent l’adoration-et avant tout la prière prescrite. La guerre est la lutte contre les passions et l’ego malveillant, contre Satan et les gens diaboliques, et contre les mauvaises mœurs et les péchés afin de sauver le cœur et l’âme de la perdition éternelle.

Quant aux deux fonctions, l’une est d’accorder et de maintenir la vie, l’autre est d’adorer et de supplier le Donneur de vie, qui assure aussi sa continuité, et de se fier à Lui en toute sécurité.



En effet, seul l’Etre qui donne et crée la vie comme un miracle de l’art le plus brillant de Son Autosuffisance et comme une merveille de sa sagesse de Sa Seigneurie peut pourvoir la nourriture et ainsi maintenir cette vie et assurer sa continuité.

De qui d’autre pourrait-il s’agir ?! Veux-tu une preuve ? Les animaux les plus faibles et les moins rusés, à savoir les vers de fruits et les poissons, sont les mieux nourris. Ceci est aussi vrai pour les créatures les plus délicates et les plus impuissantes telles que les nourrissons et les petits des animaux qui reçoivent la meilleure nourriture.

Pour comprendre que le moyen de recevoir l’alimentation licite n’est pas proportionnel à la puissance et à la volonté de l’être, mais plutôt à son impuissance et à sa faiblesse, il suffit de comparer les poissons aux renards, les petits des animaux aux fauves et les arbres aux animaux.

Cela signifie que celui qui abandonne sa prière prescrite à cause de ses prétendus soucis concernant sa subsistance est semblable au soldat qui abandonne l’entraînement et déserte les tranchées du front pour aller mendier dans les marchés. Mais chercher soi-même sa sustentation dans les cuisines de la miséricorde du Pourvoyeur Généreux après avoir accompli la prière prescrite et ne pas vivre aux dépens des autres est une marque de noblesse. Ceci est même un acte d’adoration.

En outre, la nature humaine et nos facultés spirituelles montrent que l’homme est crée pour adorer Dieu. En effet, du point de vue de l’activité et des capacités nécessaire à sa survie, l’homme à lui seul ne peut même pas égaler le dernier des moineaux. Mais du point de vue du savoir, de sa dépendance de Dieu, de sa supplication et de l’adoration nécessaire pour sa vie spirituelle et éternelle, l’homme a valeur de monarque et de commandement des animaux.

O mon âme ! Cela signifie que si tu prends la vie matérielle pour dessein ultime et que tu te consacres à cette seule fin, tu ne dépasseras pas un moineau ou un simple soldat. Mais si tu prends la vie éternelle pour fin ultime, tu feras de la vie d’ici-bas un moyen pour l’atteindre et un champ de labour pour l’Au-delà, et si tu agis comme il faut, alors tu seras le grand chef des animaux, et un serviteur élu et suppliant de Dieu et Son hôte honoré et respecté dans ce monde.

Voilà deux chemins devant toi. Le choix t’appartient. Implore donc Le plus Miséricordieux des miséricordieux de te guider et de t’aider.


SAID NURSI